Gessica Généus, de Freda à Marie Madeleine – un cinéma de résistance
Synthèse et questions sur l’article
Titre : Marie Madeleine Réalisation et scénario : Gessica Généus Image : Nicolas Canniccioni Montage : Martial Salomon Avec : Gessica Généus (Marie Madeleine), Béonard Monteau (Joseph), Edouard Baptiste (Jacques), Mélissa Mildort (Melody) Production : SaNoSi Productions (France), Ayizan Productions (Haïti), Stenola Productions (Belgique), Bidibul Productions (Luxembourg), Metafilms (Canada) Ventes internationales : Pyramide Films Langue originale : créole haïtien, français Durée : 104 minutes Sélection : Cannes Premières – 79ème Festival de Cannes, 14 ma - Juno7 – Le film Marie-Madeleine de Gessica Généus sélectionné au Festival de Cannes
- - Bélide Mag – Marie Madeleine de Gessica Généus sélectionné au Festival de Cannes 2026
- - VantBefInfo – Gessica Généus au Festival de Cannes avec Marie-Madeleine
- Contrairement à Freda dont la présentation était désignée pour la section Un Certain Regard – section réservée aux cinéastes émergents ou peu connus en quête de reconnaissance internationale – Marie Madeleine figure à la section Cannes Premières, une sélection hors compétition mais qui sert de vitrine privilégiée aux œuvres de cinéastes confirmés.
- Avec cette nouvelle réalisation, Gessica Généus poursuit l’exploration de thèmes déjà plantés dans Freda – la survie, la résistance, l’identité, et surtout la religion.
- Cinq ans après Freda, Gessica Généus est de retour derrière la caméra avec un nouveau long-métrage.
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Cinq ans après Freda, Gessica Généus est de retour derrière la caméra avec un nouveau long-métrage. Annoncé par la réalisatrice elle-même sur ses réseaux sociaux, ce film est intitulé Marie Madeleine, et bénéficie – à l’instar de son prédécesseur – d’une présence officielle à la 79ème édition du Festival de Cannes. Contrairement à Freda dont la présentation était désignée pour la section Un Certain Regard – section réservée aux cinéastes émergents ou peu connus en quête de reconnaissance internationale – Marie Madeleine figure à la section Cannes Premières, une sélection hors compétition mais qui sert de vitrine privilégiée aux œuvres de cinéastes confirmés. En cinq ans, Gessica Généus est passée d’une section à l’autre – et d’un statut à l’autre.
«En cinq ans, Gessica Généus est passée d’une section à l’autre – et d’un statut à l’autre.»
Une coproduction internationale
Pour ce deuxième long-métrage, Gessica Généus a dû se battre pour tourner à Jacmel, dans des conditions que SaNoSi Productions – qui avait déjà produit Freda – qualifie d’extrêmes. Avec Marie Madeleine, la société française marque sa cinquième participation au Festival de Cannes et sa deuxième collaboration avec la réalisatrice.
La production associe cinq structures réparties sur cinq pays : SaNoSi Productions (France), Metafilms (Canada), Stenola Productions (Belgique), Bidibul Productions (Luxembourg) et Ayizan Productions (Haïti). Un seul producteur haïtien sur cinq – le rapport en dit long sur la réalité du financement du cinéma haïtien. Mais la présence d’Ayizan Productions parmi les coproducteurs n’est pas anodine : Généus se ménage une place dans les décisions, dans un dispositif où les financements viennent d’ailleurs.
«Un seul producteur haïtien sur cinq – le rapport en dit long sur la réalité du financement du cinéma haïtien.»
Ce financement essentiellement exogène mesure à lui seul ce que représente ce film. Tourner en Haïti n’était pas une évidence – c’était une exigence qu’elle a dû négocier avec ses partenaires, sachant qu’ils avaient le pouvoir de dire non.
La délocalisation des tournages est en effet une pratique courante dans l’industrie. En mai 2025, le Président Donald Trump menaçait d’une taxe de 100 % les films produits hors des États-Unis, révélant au passage ce que tout le monde savait déjà : les studios hollywoodiens ont massivement délocalisé leurs tournages à l’étranger pour réduire leurs coûts de production, attirés par des incitations fiscales que les autres pays leur offrent. La logique de Marie Madeleine paraît à première vue inverse. Tourner en Haïti dans ce contexte représente un surcoût, pas une économie. Mais au fond, Gessica Généus et Donald Trump partagent le même principe : le tournage comme acte économique ancré dans un territoire, vecteur de création d’emplois locaux. La différence, c’est que l’un dispose de la force de l’État comme arme de dissuasion, là où l’autre a dû négocier ce choix, producteur par producteur.
«Gessica Généus et Donald Trump partagent le même principe : le tournage comme acte économique ancré dans un territoire, vecteur de création d’emplois locaux.»
En outre, Marie Madeleine a bénéficié d’une aide de 40 000 euros du Fonds Image de la Francophonie, et a été développé dans le cadre de la Résidence du Festival de Cannes – programme accompagnant les cinéastes dans le développement de leur premier ou deuxième long-métrage. Des soutiens extérieurs, une fois de plus. Nécessaires, mais extérieurs.
La mécanique est en place. Reste ce qui l’anime.
De Freda à Marie Madeleine – un schéma similaire
Avec cette nouvelle réalisation, Gessica Généus poursuit l’exploration de thèmes déjà plantés dans Freda – la survie, la résistance, l’identité, et surtout la religion. Les informations disponibles autour du film révèlent un parallèle entre les deux œuvres. Freda refusait de partir, continuant de croire à un autre avenir, et tentait de résister face à la précarité et l’insécurité des jours. Avec Marie Madeleine, le même schéma semble se dessiner, mais cette fois-ci, l’église vient remplacer la rue comme espace de pression. Si dans Freda la tension était ancrée dans un contexte historique et politique précis, ici elle semble plus symbolique, plus morale.
Dans Freda, l’église était déjà présente – comme institution, mais surtout dans la figure maternelle : une mère dévouée à sa foi, qui n’hésite pas à condamner le vaudou à chaque occasion, et qui pourtant glisse à sa fille Esther des lotions éclaircissantes pour obtenir les bonnes grâces des hommes et échapper à la précarité.
Dans Marie Madeleine, l’installation d’une église évangélique en face d’un bordel cristallise la tension centrale du récit – le même conflit entre conformité et liberté, mais poussé à un degré de confrontation plus frontal, plus allégorique que dans Freda. Marie Madeleine est une femme libre, elle vit de la prostitution et habite la nuit sans se soumettre aux règles de ceux qui sauvent les âmes. Elle ne se plie à rien, ne s’efface pas – elle existe précisément là où la société voudrait qu’elle disparaisse. De l’autre côté, Joseph, le fils du pasteur, contraint de cacher son homosexualité sous le regard de sa communauté, incarne une autre marginalité, une autre forme d’invisibilité. Deux personnes que la société veut faire taire, qui se trouvent.
Provoquer pour exister
Du côté de la communication s’observe un contraste parlant. Le synopsis publié en Haïti diffère sensiblement de celui mis en avant dans les médias français. Que ce soit du côté de l’Image de la Francophonie, de SaNoSi Productions ou du site officiel du Festival, la présentation demeure la même – elle préfère suggérer plutôt qu’exposer. En Haïti, l’approche est plus frontale. L’homosexualité du fils du pasteur est mise plus en avant, partout dans les médias, là où l’international relate simplement l’histoire d’un jeune évangéliste qui vacille dans sa foi.
Mais il ne faudrait pas oublier que la protagoniste se nomme Marie Madeleine – figure célèbre des évangiles – et que Joseph est le père légal de Jésus dans la Bible. Le choix de ces noms n’est pas innocent – ils portent une charge que le public haïtien reconnaît immédiatement, et que la communication locale n’hésite pas à exploiter. Faire de ce Joseph un fils homosexuel de pasteur dans le récit n’est pas un geste gratuit, mais plutôt une façon de provoquer et d’attirer l’attention d’un public, qui, dans d’autres conditions ne s’intéresserait peut-être pas au film.
«Du côté de la communication s’observe un contraste parlant. Le synopsis publié en Haïti diffère sensiblement de celui mis en avant dans les médias français.»
« CALL ME BY HER NAME : MARIE MADELEINE » – Généus incarne elle-même le personnage. Actrice de formation, elle franchit ici un pas qu’elle n’avait pas encore franchi avec Freda. Lors de la présentation du film en 2021 au Festival de Cannes, elle arborait un afro sur le tapis rouge – geste qui faisait écho au personnage principal sans l’incarner. Ici la distance disparaît. Un choix qui laisse entendre que ce film est peut-être un projet encore plus personnel.
La grande question demeure : Marie Madeleine finira-t-elle par partir et laisser l’espace à ceux qui disent sauver les âmes ? Mais une chose est claire. Rester, dans le cinéma de Gessica Généus, n’est pas de la résignation ni de l’immobilisme. C’est un acte politique, un acte symbolique – et pas uniquement dans la fiction. Avoir négocié de tourner en Haïti, dans un pays que ses partenaires auraient pu contourner, relève de la même logique. Dans un contexte où partir assure la survie, où partir est la norme, le fait de rester est déjà une prise de position. « Rester pour résister. Résister pour exister. »
« Rester pour résister. Résister pour exister. »
Fiche technique
Titre : Marie Madeleine Réalisation et scénario : Gessica Généus Image : Nicolas Canniccioni Montage : Martial Salomon Avec : Gessica Généus (Marie Madeleine), Béonard Monteau (Joseph), Edouard Baptiste (Jacques), Mélissa Mildort (Melody) Production : SaNoSi Productions (France), Ayizan Productions (Haïti), Stenola Productions (Belgique), Bidibul Productions (Luxembourg), Metafilms (Canada) Ventes internationales : Pyramide Films Langue originale : créole haïtien, français Durée : 104 minutes Sélection : Cannes Premières – 79ème Festival de Cannes, 14 mai 2026
Sources
Sur le film et la sélection
- Festival de Cannes – Fiche officielle Marie Madeleine
- SaNoSi Productions – Cannes 2026 : Marie Madeleine en sélection officielle
- CTVM / Metafilms – La coproduction québécoise Marie Madeleine en première à Cannes
- Wikipédia – Marie Madeleine (film, 2026)
- AlloCiné – Marie-Madeleine
- Juno7 – Le film Marie-Madeleine de Gessica Généus sélectionné au Festival de Cannes
- VantBefInfo – Gessica Généus au Festival de Cannes avec Marie-Madeleine
- Bélide Mag – Marie Madeleine de Gessica Généus sélectionné au Festival de Cannes 2026
- PYRAMIDE FILMS – MARIE MADELEINE
Sur la Résidence du Festival de Cannes
Sur le Fonds Image de la Francophonie
- Images Francophones / OIF – Marie-Madeleine en sélection officielle Cannes Première
- Présentation du Fonds Image de la Francophonie
- Règlement du Fonds Image de la Francophonie
- Modalités d’éligibilité
Sur les tarifs Trump et la délocalisation des tournages hollywoodiens
- CNN – Movie tariffs Trump Hollywood
- ABC News – Trump’s proposed movie tariff
- Reuters / Yahoo News – Trump announces 100% tariff on movies